Le temple

Des ronces émergeait un ravissant petit temple. Flanqué de quatre colonnes trapues qui soutenaient un élégant chapiteau, il arborait sur sa façade un mystérieux médaillon de pierre qui sondait la nuit comme l’œil d'un cyclope. Une volée de marches bossues, que surplombaient deux rambardes rouillées, menaient à l’entrée de l’édifice. Sur la droite, un trou béant abritait un étroit escalier qui filait sous terre. Deux piliers, dont l’un présentait une coupe d’offrande, l’autre une statue, encadraient la première marche. De part et d’autre s'élevaient deux murs grisâtres qui masquaient au reste du monde ce trésor d'architecture. Derrière le toit, la cime ramifiée d'un arbre singeait dans l'ombre la croix du Sauveur, transformant le monument en mausolée.

30 juin 2016

La cave

À l’extérieur de l’édifice, nous empruntâmes l'étroit escalier à vis qui s’enfonçait dans l'obscurité. Les marches, grossièrement taillées dans la roche, glissaient terriblement. Par trois fois, je manquai de me rompre le cou. Lorsque mes yeux s’habituèrent enfin à la pénombre – par bonheur, comme ma mère, je voyais très bien dans le noir –, je distinguai un couloir qui desservait deux pièces sur la droite. Nous avançâmes en silence le long du mur. La première pièce était vide, comme la seconde. Brusquement, Mademoiselle Lampado se tourna vers moi. Je reculai pour éviter une collision. Le dos collé au mur glacé, je la questionnai à voix basse :

23 juin 2016

Le grenier

Nous entrâmes par l'arrière du bâtiment avant de traverser le couloir sombre pour gravir les escaliers. Au dernier étage, Madame de Lonval attrapa une perche suspendue au mur puis crocheta, au plafond, un anneau de bronze fixé à une trappe. Par à-coups, un nouvel escalier qui tenait plus d'une échelle descendit jusqu'à nous.

22 juin 2016

Le couloir

L'impuissance m'étranglait. J'étais venue me livrer pieds et poings liés à des gens qui semblaient se disputer le droit de m’humilier. On me qualifiait de « délicieuse créature », on soulignait mon « ineptie », on me confiait, sans même me demander mon avis, à un succédané de nourrice qui me houspillait d'entrée de jeu. Je commençais à voir rouge. Si rétrospectivement, je ne regrette pas de ne pas m’être éclipsée sur-le-champ, sur le moment, il me fut extrêmement pénible de surmonter l'assaut de la baronne. Par bonheur, elle s'apaisa aussi vite qu'elle s'était emportée :

19 juin 2016

Le bureau

Elle s'éloigna aussi furtivement qu'elle était arrivée et je restai seule avec mon verre, les joues rouges et le souffle court. Quand Miss O'Connell me rejoignit, quelques minutes plus tard, mon cœur battait encore beaucoup trop vite. Sans mot dire, elle m'offrit son bras et m'emmena dans le bureau de Dona, une pièce exigüe au rez-de-chaussée, au bout du long couloir. J'y pénétrai religieusement. La jeune femme alluma un joli chandelier en bronze avant de rompre le silence :

16 juin 2016

La pièce mystère

Quelques minutes plus tard, nous discutions comme deux amies d'enfance. Toute à la contemplation d'une poignée de boucles brunes sorties de son chignon qui venaient lécher son visage pâle, je bus plusieurs verres sans y prendre garde. En me penchant vers elle – [Irène Africa] s'était mise à chuchoter d'une voix précipitée –, je sentis que l'ivresse m'avait rattrapée. Ainsi, c'est sans avoir saisi un traître mot de ce qu'elle venait de dire que je lui emboîtai le pas quand elle quitta le salon pour disparaître dans le long couloir. La multitude de bracelets qui habillaient ses bras jusqu'aux coudes rythmaient notre progression au son aigu des cliquetis métalliques. Au fond du couloir, elle bifurqua à droite et poussa une porte entrebâillée que je n'avais pas remarquée. La pièce était entièrement plongée dans le noir. Seule une fenêtre se découpait dans l'obscurité. La vue, imprenable, s'étendait du jardin blanchi à la lune aux arbres qui gardaient le temple.

14 juin 2016

La bibliothèque

Sur la page de garde, rien ne laissait penser qu'il s'agissait d'un ouvrage clandestin. Toutefois, à la troisième page, je refermai vivement l'exemplaire. Une gravure parfaitement indécente l'occupait toute entière. Mon cœur battait encore à toute volée lorsque la porte grinça. Je sursautai, terrorisée.

7 juin 2016